Introduction, par Bruno Lebel​

 

"Parfois, je me pose la question de savoir pourquoi je me suis orienté vers cette profession, cette activité artistique que l’on nomme «sculpteur».Mes parents et moi-même habitions une ville du Nord de la France, nommée Amiens. Notre habitation était située dans un quartier ancien, dans lequel régnait le beffroi et la cathédrale gothique. Je visitais parfois l’échoppe d’un sculpteur-mouleur d’origine italienne, nommé Monsieur Gavazi. La boutique de cet homme fort sympathique était à deux pas de chez moi. Cet artisan répondait avec gentillesse patience au gamin de sept ans qui le questionnait sur son métier.

Le dimanche, mes parents et moi allions chez mes grands-parents maternels. La ferme était située dans un village à une quinzaine de kilomètres d’Amiens. Dans cette construction ancienne, il y avait à ma disposition des blocs de pierre blanche, dans lesquelles je taillais des têtes humaines. Je disposais également d’une table pour modeler des animaux en argile.

Certains jours de la semaine, je me rendais sous les hautes voûtes de la cathédrale et dessinais des éléments d’architecture gothique. Le calme impressionnant de ce lieu me convenait parfaitement, me remplissait de bonheur. Je regardais avec curiosité et grande attention les scènes de la Bible, taillées dans la pierre, qui entouraient le cœur de ce vaste édifice. La polychromie de ses sculptures me parlait.

Beaucoup plus tard, je pris conscience que toutes les œuvres anonymes étaient l’expression d’un art populaire, destiné à faire analyser et comprendre des passages de la Bible. Ce goût naturel pour cette expression artistique incita mes parents à m’inscrire à l’école des Beaux-Arts de la ville.Il y avait là, très probablement, une disposition innée à m’exprimer en trois dimensions. "